ÉVANOUIE

mathilde-telossie-livre-sophie-carmona-livre-phusis-revue

Mathilde de Télossie est née à Bordeaux en 1993.

Animée par le désir d’écrire dès son enfance, c’est vers la philosophie et la linguistique qu’elle se dirige pour ses études universitaires. Sa volonté : comprendre le sens profond des mots, tant sur le fond que sur la forme. Après un master recherche en philosophie consacré à Michel de Montaigne et deux diplômes universitaires de latin et grec, elle commence à travailler son écriture.

Elle rédige et anime des chroniques radio littéraires et philosophiques, certains de ses poèmes sont publiés dans des magazines. Mathilde est également peintre pastelliste. Evanouie est son premier roman.

Peut-être connaissez-vous déjà Mathilde de Télossie pour ses talents d’artiste peintre ? C’est avec Évanouie, un premier roman qu’elle entre en littérature.

Il s’agit d’un roman sur l’identité et la mémoire, Évanouie, une jeune femme, va presque délibérément tomber dans l’oubli pour effacer ce vide épouvantable qu’elle endure, vide au cœur du pessimisme de Schopenhauer « La vie oscille comme un pendule de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui. ».

Mathilde de Télossie invite au questionnement traitant de l’oubli et de la mémoire comme une réflexion sur le bon fonctionnement du vivant ou tout simplement pose-t-elle la question : Est-ce qu’oublier nous fait aller mieux ?

Évanouie, totalement oubliée par les personnes qui l’entourent va-t-elle réussir à se reconstruire en se confrontant à l’absence totale de reconnaissance d’autrui ?

Le style est juste, l’écriture subtile et douce, le dosage parfait pour traiter de ce sujet de la mémoire identitaire.

Pourquoi avoir choisi un adjectif pour le prénom de votre héroïne ?

Pour plusieurs raisons ! Tout d’abord, mon récit parle d’un personnage totalement désincarné. Le prénom personnifie notre être et symbolise notre place dans l’existence. Il nous appartient et en même temps, il est la première information que l’on donne aux autres. Il est ce qui nous lie à autrui et leur permet d’attirer notre attention, notre regard. En disant « je m’appelle x », « je suis x » ou en entendant quelqu’un prononcer notre prénom, il y a une forme d’affirmation de l’être. Avec un prénom comme celui de mon héroïne, cette affirmation n’est tout simplement pas possible. Ensuite, j’aime l’idée que le prénom dise quelque chose du personnage, comme Candide de Voltaire. Il y a par cela, cette idée grecque de destin qui me séduit. Et enfin, moi qui suis très sensible à la musicalité des mots, je trouve tout simplement ce mot très mélodique.

Vous avez choisi le thème de la mémoire pour ce premier roman, quelle importance a-t-il pour vous ? 

Ce thème m’a toujours passionné, la mémoire et son pendant sans lequel la mémoire n’existerait pas, c’est-à-dire l’oubli. J’aime penser une chose puis son contraire. Cela doit certainement venir de ma formation en philosophie. Dans Évanouie, je raconte l’histoire d’une femme qui est oubliée par les personnes de son entourage. Donc, qui a disparu de la mémoire d’autrui. Cet événement surnaturel va produire un bouleversement colossal dans l’existence de cette femme, entre destruction de son psychisme et libération du regard des autres. En parlant de ce duo mémoire/oubli, j’aborde un thème plus large qui est celui de l’existence, et plus particulièrement, de la place du regard des autres dans la construction de notre existence et de ce qu’il adviendrait si ce regard disparaissait : nous sentirions-nous libérés ou détruits ? Ou peut-être un peu des deux… Ce sont ces émotions que mon personnage expérimente un peu à notre place.

Quels sont les auteurs vous inspirent ?

J’aime les auteurs surréalistes, ou les écrivains de l’absurde. Je suis aussi une grande dévoreuse de romans d’anticipation. J’aime quand les récits génèrent en moi un questionnement et lorsqu’ils distordent un peu la réalité, lorsqu’ils en montrent sa malléabilité. Les récits qui m’ont inspiré Évanouie sont ceux qui prennent leur temps pour faire advenir le surréalisme. Je pense notamment au Portrait de Dorian Grey, d’Oscar Wilde ou à La peau de chagrin, de Balzac. Il faut attendre plusieurs pages avant de comprendre que la réalité est distordue et qu’il se passe quelque chose d’étrange. Je trouve que le choc est alors plus grand et la réflexion plus profonde.

Votre actualité ?

J’ai plusieurs rencontres de prévues autour de mon roman que vous pourrez facilement trouver sur mon site internet. Je suis également artiste peintre pastelliste, et viens tout juste de clôturer une exposition qui m’était entièrement consacrée à Bordeaux. Je pars fin janvier 2024 à Londres pour une prochaine exposition. Concernant l’écriture, je suis en plein cœur deux projets : un recueil de poèmes sur lequel je travaille depuis plusieurs mois, et un conte musical écrit à quatre mains avec mon mari qui est violoniste et compositeur…en attendant bien sûr le deuxième roman déjà bien avancé !

 Le site de Mathilde Télossie

Le compte Instagram de Mathilde Télossie

Mathilde Télossie, Évanouie, 160 pages, 16 euros

Sophie Carmona

Image : © Jérôme Coussy


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *